Le Green UX vise à rendre le même service avec moins de ressources. Cadre français (loi REEN, RGESN), pratiques prioritaires et outils de mesure.
Le Green UX, ou éco-conception web, consiste à concevoir un site ou une application qui rend le même service avec moins de ressources : moins de pages inutiles, moins de données transférées, moins de calcul côté serveur et côté appareil. En France, la référence officielle est le RGESN (référentiel général d’écoconception de services numériques), publié par l’Arcep, l’Arcom et l’ADEME en 2024. Bonne nouvelle : la plupart de ses bonnes pratiques rendent aussi le site plus rapide et plus simple à utiliser.
Le numérique pèse environ 4 % de l’empreinte carbone de la France en 2022, selon l’étude ADEME-Arcep citée par l’Arcep. Un site web n’est qu’une petite partie de ce total, mais c’est la partie sur laquelle vous avez la main. On explique ce que recouvre le Green UX, ce que dit le cadre français, les pratiques qui ont le plus d’effet et comment mesurer vos progrès sans tomber dans le greenwashing.
- Qu’est-ce que le Green UX et l’éco-conception web ?
- Pourquoi éco-concevoir un site aujourd’hui ?
- Que dit le cadre français (loi REEN, RGESN) ?
- Quelles pratiques ont le plus d’impact ?
- Comment mesurer l’impact de votre site ?
- Quelles erreurs éviter ?
- Questions fréquentes
- Sources
Qu’est-ce que le Green UX et l’éco-conception web ?

L’éco-conception d’un service numérique, c’est la prise en compte de son impact environnemental dès sa conception, et pas seulement au moment de l’optimiser. Le terme Green UX met l’accent sur la partie expérience utilisateur : les choix de parcours, de fonctionnalités et de contenus qui déterminent la quantité de ressources consommées à chaque visite.
L’objectif fixé par le RGESN est clair : réduire la consommation de ressources informatiques et énergétiques et la contribution à l’obsolescence des équipements, qu’il s’agisse des terminaux des utilisateurs, des réseaux ou des serveurs. Ce dernier point est souvent oublié : un site très lourd pousse à renouveler des ordinateurs et des smartphones encore fonctionnels.
On résume souvent la démarche en trois piliers, qui restent une bonne grille de lecture :
- Pertinence : chaque page et chaque fonctionnalité répond à un vrai besoin. Un parcours plus court fait gagner du temps à l’utilisateur et évite des chargements inutiles.
- Simplicité : on retire ce qui n’est pas utilisé (pages orphelines, carrousels, animations décoratives, modules jamais consultés). C’est la conception, bien avant le code, qui fixe le poids du futur site.
- Frugalité technique : images et vidéos adaptées, code léger, cache, hébergement dimensionné au juste besoin.
Le fameux « less is more » s’applique donc surtout au périmètre : la page la plus sobre est celle qu’on n’a pas eu besoin de créer.
Pourquoi éco-concevoir un site aujourd’hui ?
La première raison est environnementale, mais elle n’est pas la seule. Pour une PME, l’éco-conception a trois effets très concrets :
- Un site plus rapide : moins de poids et moins de requêtes, c’est un affichage plus rapide, surtout sur mobile et en réseau faible. La vitesse fait partie de l’expérience de page que Google évalue, notamment via les Core Web Vitals. Attention toutefois : un site sobre n’est pas mieux classé parce qu’il est « vert », il l’est parce qu’il est rapide et utile.
- Un site plus accessible : une interface simple, des contenus textuels bien structurés et peu d’effets superflus profitent aussi aux personnes en situation de handicap et aux appareils anciens.
- Un site moins coûteux à maintenir : moins d’extensions, moins de fonctionnalités, c’est moins de mises à jour et moins de failles potentielles.
Si votre site actuel est lent, commencez par notre article sur les causes d’un site internet lent : la plupart des corrections sont aussi des gains d’éco-conception.
Que dit le cadre français (loi REEN, RGESN) ?
La loi n° 2021-1485 du 15 novembre 2021 visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France (dite loi REEN) a posé deux jalons utiles à connaître :
- elle a chargé l’Arcep et l’Arcom de définir le contenu d’un référentiel général de l’écoconception des services numériques ;
- elle impose aux communes de plus de 50 000 habitants d’avoir adopté une stratégie numérique responsable au 1er janvier 2025.
Le RGESN dans sa version 2024 (mise à jour publiée en mai 2024) compte 78 critères répartis en 9 familles : stratégie, spécifications, architecture, UX/UI, contenus, frontend, backend, hébergement et algorithmes. Chaque critère est classé par priorité (prioritaire, recommandé, modéré) et accompagné d’une fiche pratique. Un tableur d’auto-évaluation est fourni.
Le RGESN est-il obligatoire pour une entreprise ? Non. D’après l’Arcep, il n’est pas juridiquement contraignant : c’est un cadre de bonnes pratiques. En revanche, si vous affirmez appliquer le référentiel, vous devez publier une déclaration d’écoconception qui détaille la démarche, les indicateurs suivis et les actions d’amélioration.
À l’international, le W3C travaille aussi sur des Web Sustainability Guidelines (WSG), organisées en quatre sections : design UX, développement web, hébergement et infrastructure, stratégie produit. Il s’agit encore d’un brouillon de note de groupe, non approuvé formellement par le W3C : utile comme source d’idées, pas comme norme.
Quelles pratiques ont le plus d’impact ?

Toutes les optimisations ne se valent pas. Voici celles qu’on recommande de traiter en premier, dans l’ordre où elles interviennent dans un projet.
1. Réduire le périmètre avant de dessiner
- Listez les tâches réelles de vos visiteurs (demander un devis, trouver un horaire, acheter) et construisez les parcours autour d’elles.
- Supprimez les pages et fonctionnalités que personne n’utilise : vos statistiques de visite vous le disent.
- Évitez le défilement infini et la lecture automatique des vidéos, deux mécanismes qui consomment des données sans que l’utilisateur l’ait demandé. Le RGESN cible d’ailleurs explicitement les stratégies de captation de l’attention.
2. Alléger les médias
- Redimensionnez les images à la taille réellement affichée et utilisez des formats modernes comme WebP ou AVIF.
- Chargez les images hors écran à la demande (attribut
loading="lazy"). - Remplacez les vidéos d’ambiance en fond de page par une image, et hébergez les vidéos utiles avec un lecteur qui ne charge rien avant le clic.
- Limitez le nombre de polices web et de graisses chargées.
Notre article sur le référencement des images détaille les réglages de poids et de format, qui servent aussi le SEO.
3. Écrire un code sobre
- Chargez uniquement le JavaScript et le CSS nécessaires à chaque page.
- Limitez les scripts tiers (widgets, trackers, pixels publicitaires) : chacun ajoute des requêtes, souvent vers d’autres serveurs.
- Sur WordPress, faites le tri dans les extensions et évitez les constructeurs de pages qui génèrent un DOM très profond.
4. Mettre en cache et bien héberger
- Activez le cache de pages et le cache navigateur pour ne pas recalculer ni retélécharger les mêmes contenus.
- Choisissez un hébergement dimensionné au trafic réel, situé près de vos visiteurs, et interrogez votre hébergeur sur son alimentation électrique et la durée de vie de son matériel.
- Supprimez régulièrement les fichiers, sauvegardes et environnements de test devenus inutiles.
5. Soigner les contenus
- Un texte clair, bien structuré avec des titres, évite des allers-retours entre les pages.
- Archivez ou fusionnez les anciens contenus qui ne servent plus.
- Proposez des formats légers (texte, PDF optimisé) plutôt qu’une vidéo quand l’information s’y prête.
Ces choix se prennent plus facilement au début d’un projet qu’en fin de parcours. Lors d’une création de site internet, on intègre ces contraintes dès la maquette ; sur un site existant, une refonte est souvent l’occasion de réduire le périmètre. Pour la partie graphique (supports imprimés, identité), notre article sur l’éco-conception graphique prend le relais.
Comment mesurer l’impact de votre site ?
Mesurer permet de prioriser et de suivre les progrès. Quelques outils gratuits font l’affaire :
| Outil | Ce qu’il mesure | À quoi il sert |
|---|---|---|
| EcoIndex (ecoindex.fr) | Taille du DOM, nombre de requêtes, poids de la page | Donne un score de 0 à 100 et une note de A à G, relative aux autres pages déjà testées |
| Grille d’auto-évaluation du RGESN | Application des 78 critères | Suivre la démarche et préparer une déclaration d’écoconception |
| Outils de performance du navigateur | Poids transféré, requêtes, temps de chargement | Identifier précisément les fichiers les plus lourds |
L’EcoIndex, maintenu par le collectif Green IT, pondère trois indicateurs : la taille du DOM (poids 3), le nombre de requêtes HTTP (poids 2) et le poids des données transférées (poids 1). C’est un indicateur simple et comparable dans le temps, mais ce n’est pas un bilan carbone : il ne dit rien de l’hébergement ni du nombre de visites.
Côté entreprise, il existe aussi le Label Numérique Responsable, porté par l’Agence LUCIE avec notamment l’ADEME et l’Institut du Numérique Responsable parmi ses partenaires. Il évalue l’organisation dans son ensemble, pas un site en particulier.
Quelles erreurs éviter ?
- Afficher un badge « site vert » sans démarche : c’est du greenwashing. Si vous communiquez, appuyez-vous sur des mesures et, pour le RGESN, sur une déclaration publiée.
- Optimiser les octets en gardant un périmètre démesuré : compresser les images d’un site de 200 pages dont 150 ne sont jamais lues reste moins efficace que de supprimer ces pages.
- Tout miser sur l’hébergeur : un hébergement bas carbone ne compense pas une page de plusieurs mégaoctets téléchargée des milliers de fois.
- Sacrifier l’utilité : un site sobre qui ne permet plus de trouver l’information fait faire davantage de recherches. La sobriété sert l’usage, pas l’inverse.
- Traiter le sujet une seule fois : chaque nouvelle extension, vidéo ou script tiers peut annuler les gains. Mesurez régulièrement.
Questions fréquentes
Green UX et éco-conception, est-ce la même chose ?
Presque. L’éco-conception couvre tout le cycle d’un service numérique (stratégie, technique, hébergement). Le Green UX désigne plus précisément la part qui relève du design et des parcours utilisateurs.
Un site éco-conçu est-il mieux référencé ?
Pas directement. Google ne mesure pas l’empreinte carbone d’une page. Mais un site léger se charge plus vite et offre une meilleure expérience, ce que Google prend en compte. Le gain SEO vient de la performance et de la clarté, pas d’un label.
Le RGESN s’impose-t-il aux entreprises privées ?
Non, il n’est pas juridiquement obligatoire. Il devient contraignant pour vous seulement si vous revendiquez son application : il faut alors publier une déclaration d’écoconception.
Par quoi commencer sur un site existant ?
Mesurez vos pages les plus visitées avec EcoIndex, repérez les images et scripts les plus lourds, supprimez les extensions et pages inutiles, puis activez le cache. Ce sont les actions au meilleur rapport effort et effet.
Un design éco-conçu est-il forcément austère ?
Non. Couleurs, typographie soignée et mise en page aérée ne pèsent presque rien. Ce qui alourdit un site, ce sont surtout les vidéos, les images mal dimensionnées, les animations lourdes et les scripts tiers.
Sources
- Arcep, l’empreinte environnementale du numérique : arcep.fr
- Arcep, référentiel général de l’écoconception des services numériques (RGESN) : arcep.fr
- RGESN 2024 sur le site de la mission interministérielle numérique responsable : ecoresponsable.numerique.gouv.fr
- Loi n° 2021-1485 du 15 novembre 2021 (loi REEN) : legifrance.gouv.fr
- W3C, Web Sustainability Guidelines : w3.org
- EcoIndex, méthode de calcul : ecoindex.fr
- Label Numérique Responsable : label-nr.fr





