Google a renoncé à supprimer les cookies tiers de Chrome et a retiré la plupart des technologies Privacy Sandbox. Mais Safari, Firefox et le consentement exigé par la CNIL limitent déjà le suivi : voici où on en est et quoi faire.
Un cookie tiers est un cookie déposé par un autre domaine que celui du site que vous visitez, le plus souvent pour suivre votre navigation d’un site à l’autre et cibler la publicité. Google avait annoncé leur disparition de Chrome, puis a fait marche arrière : en avril 2025, il a confirmé qu’il ne les supprimerait pas et laisserait le choix à l’utilisateur, et en octobre 2025 il a abandonné la plupart des technologies censées les remplacer. Pour autant, Safari et Firefox les bloquent déjà par défaut, et en France leur dépôt exige le consentement préalable de l’internaute. Miser sur vos propres données reste donc la bonne stratégie.
Cet article, publié en 2021 quand Google annonçait la fin des cookies tiers, a été entièrement mis à jour en septembre 2026. On y reprend la définition, la chronologie réelle des décisions de Google, la situation dans chaque navigateur, les règles françaises, et surtout ce que les annonceurs et les sites doivent faire concrètement.
- Qu’est-ce qu’un cookie tiers ?
- Google a-t-il vraiment abandonné les cookies tiers ?
- Où en sont les navigateurs aujourd’hui ?
- Que dit la loi en France ?
- Qu’est-ce que ça change pour les annonceurs ?
- Que faire concrètement ?
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
- Sources
Qu’est-ce qu’un cookie tiers ?
Un cookie est un petit fichier texte que le navigateur enregistre à la demande d’un site, pour retenir une information : un panier, une session de connexion, une préférence de langue. Tout dépend de qui le dépose.
| Cookie propriétaire (first-party) | Cookie tiers (third-party) | |
|---|---|---|
| Déposé par | Le site que vous visitez (exemple.fr) | Un autre domaine chargé sur la page (régie publicitaire, réseau social, outil externe) |
| Usage typique | Panier, connexion, préférences, mesure d’audience du site | Suivi publicitaire d’un site à l’autre, reciblage, attribution, boutons de partage |
| Lisible par | Le seul site qui l’a déposé | Le domaine tiers, sur tous les sites où il est présent |
| Statut dans Safari et Firefox | Autorisé (avec des limites) | Bloqué ou cloisonné par défaut |
C’est cette capacité à vous reconnaître sur des milliers de sites différents qui a fait des cookies tiers l’outil de base de la publicité ciblée, et qui les a mis dans le viseur des défenseurs de la vie privée.

Google a-t-il vraiment abandonné les cookies tiers ?
Non. C’est le point à corriger en priorité, car beaucoup d’articles (dont la première version de celui-ci) annonçaient leur disparition comme acquise. Voici la chronologie, d’après les annonces officielles de Google et d’Apple.
| Date | Événement |
|---|---|
| Mars 2020 | Safari bloque totalement les cookies tiers par défaut. WebKit note alors que Chrome a annoncé vouloir faire de même d’ici 2022. |
| 3 mars 2021 | David Temkin (Google) écrit qu’une fois les cookies tiers supprimés, Google ne construira pas d’identifiants alternatifs pour suivre les individus sur le web. C’est la citation reprise dans la version 2021 de cet article. |
| 25 janvier 2022 | Google abandonne FLoC (le ciblage par « cohortes ») et le remplace par l’API Topics dans son projet Privacy Sandbox. |
| 4 janvier 2024 | Chrome commence à restreindre les cookies tiers par défaut pour 1 % de ses utilisateurs, à titre de test. |
| 22 juillet 2024 | Changement de cap : au lieu de supprimer les cookies tiers, Google propose de laisser chaque utilisateur choisir. |
| 22 avril 2025 | Google confirme qu’il conserve son approche actuelle : pas de suppression, pas de nouvelle fenêtre de choix. Les utilisateurs règlent eux-mêmes les cookies tiers dans les paramètres de confidentialité de Chrome. |
| 17 octobre 2025 | Google retire la plupart des technologies Privacy Sandbox, jugées peu adoptées : Topics, Protected Audience, Attribution Reporting API, Related Website Sets, Shared Storage, entre autres. |
Dans son annonce d’octobre 2025, Google indique garder CHIPS (des cookies tiers « cloisonnés » par site) et FedCM (connexion fédérée), qui ont été adoptés aussi par d’autres navigateurs, ainsi que les Private State Tokens contre la fraude. Pour la mesure des campagnes, il dit travailler à un standard d’attribution commun au sein du W3C.
Où en sont les navigateurs aujourd’hui ?
- Chrome : les cookies tiers restent autorisés par défaut en navigation normale. L’utilisateur peut les bloquer dans les paramètres. En navigation privée, ils sont bloqués.
- Safari (Mac, iPhone, iPad) : blocage complet des cookies tiers par défaut depuis mars 2020, via Intelligent Tracking Prevention.
- Firefox : la protection totale contre les cookies, qui enferme chaque cookie dans le site où il a été créé, est activée par défaut depuis juin 2022.
Conséquence pratique : même si Chrome les garde, une partie de vos visiteurs (tous ceux sur iPhone avec Safari, par exemple) échappe déjà au suivi par cookies tiers. Pour connaître cette part sur votre site, regardez la répartition par navigateur dans votre outil de mesure d’audience plutôt qu’une moyenne nationale.
Que dit la loi en France ?
Le débat sur Chrome ne change rien aux obligations légales. En France, l’article 82 de la loi Informatique et Libertés, qui transpose la directive européenne ePrivacy, impose le consentement préalable de l’internaute avant de déposer ou de lire la plupart des traceurs, dont les cookies publicitaires tiers. La CNIL a précisé les règles dans des lignes directrices et une recommandation adoptées le 17 septembre 2020 :
- le consentement doit être libre, spécifique, éclairé et univoque, et se manifester par une action positive ;
- l’internaute doit pouvoir accepter, refuser et retirer son consentement ;
- il doit être aussi simple de retirer son consentement que de le donner ;
- certains traceurs en sont dispensés : ceux strictement nécessaires au service demandé (panier, connexion) et certains traceurs de mesure d’audience qui respectent des conditions précises.
L’obligation pèse sur l’éditeur du site, mais aussi, selon la CNIL, sur les régies publicitaires et les réseaux sociaux qui déposent des traceurs via leurs modules. Pour le cadre plus large de la protection des données, voir notre article sur le RGPD.
Qu’est-ce que ça change pour les annonceurs ?
Entre les navigateurs qui bloquent et les internautes qui refusent les cookies, le suivi individuel d’un site à l’autre est de moins en moins fiable. Plusieurs usages publicitaires en souffrent :
- Le reciblage : on ne peut plus recibler que les visiteurs suivis et consentants.
- L’attribution : une partie des conversions n’est plus reliée au clic ou à l’annonce qui l’a déclenchée, ce qui fausse les comparaisons entre canaux.
- Le plafonnement de répétition : sans identifiant commun, un même internaute peut voir la même annonce trop souvent.
- Les audiences comportementales achetées à des tiers perdent en précision.
Le ciblage ne disparaît pas pour autant : il se déplace vers les données que vous collectez vous-même, le contexte de la page (cibler un article sur le vélo plutôt qu’un profil d’amateur de vélo) et les audiences des grandes plateformes, où l’utilisateur est connecté. Notre équipe publicité digitale construit aujourd’hui les campagnes sur ces trois leviers.
Que faire concrètement ?
1. Inventorier vos données propriétaires
Les données propriétaires (first-party data) sont celles que vous collectez directement auprès de vos clients et visiteurs :
- données de navigation sur votre site (avec consentement quand il est requis) ;
- inscriptions à la newsletter et aux comptes clients ;
- historique d’achats et de devis ;
- interactions sur vos réseaux sociaux ;
- données de votre CRM.
Documentez pour chacune : ce que vous collectez, où c’est stocké, qui en est responsable, et sur quelle base légale vous pouvez l’utiliser à des fins marketing. C’était déjà le meilleur conseil en 2021, il l’est encore plus aujourd’hui.
2. Donner aux gens une raison de vous laisser leurs coordonnées
Une newsletter utile, un outil gratuit, un espace client, un guide téléchargeable : chaque échange de valeur alimente votre base sans dépendre d’un tiers. Notre article sur la création d’une newsletter détaille la méthode.
3. Mettre en place un bandeau de consentement conforme et le relier à vos balises
Le bandeau doit bloquer réellement les traceurs tant que l’internaute n’a pas accepté. Si vous utilisez les outils Google, le mode Consentement transmet le choix de l’internaute aux balises Google Ads et Google Analytics, qui adaptent leur comportement en conséquence. Il ne remplace pas le bandeau : il s’y connecte.
4. Revoir votre mesure de la performance
Acceptez qu’une partie des conversions ne soit plus attribuée à un canal précis. Suivez les tendances plutôt que les chiffres absolus, recoupez avec vos ventes réelles et votre CRM, et testez l’effet d’une campagne en comparant des périodes ou des zones. L’approche est détaillée dans notre article sur le pilotage par la donnée.
5. Réinvestir dans les canaux qui ne dépendent pas du suivi
Le référencement naturel, le contenu, l’e-mail et le ciblage contextuel fonctionnent sans cookies tiers. Les intégrer dans une stratégie digitale d’ensemble réduit votre dépendance à des règles que ni vous ni nous ne maîtrisons.
Les erreurs à éviter
- Croire que « Google a gardé les cookies tiers, donc rien ne change » : Safari, Firefox, la navigation privée et les refus de consentement réduisent déjà le suivi.
- Investir dans des technologies Privacy Sandbox comme Topics ou Protected Audience : Google les a retirées en octobre 2025.
- Déposer des cookies publicitaires avant le consentement, ou proposer un bouton « Refuser » plus difficile à trouver que « Accepter ».
- Collecter des données sans savoir à quoi elles serviront : c’est un risque juridique et un coût, pas un actif.
Pour faire le point sur votre suivi et vos campagnes, écrivez-nous à contact@osmova.com ou via le formulaire de contact.
Questions fréquentes
Les cookies sont-ils dangereux pour mon ordinateur ?
Non. Un cookie est un simple fichier texte stocké par le navigateur, pas un programme : il ne peut pas exécuter de code ni transporter un virus. Le vrai sujet est la vie privée, puisque les cookies tiers servent à reconstituer votre navigation.
Chrome va-t-il bloquer les cookies tiers ?
Pas par défaut, en l’état des annonces de Google (avril 2025) : Chrome garde les cookies tiers en navigation normale et laisse l’utilisateur les bloquer dans ses paramètres. Ils sont en revanche bloqués en navigation privée.
Qu’est-ce que la Privacy Sandbox ?
C’était l’ensemble des technologies proposées par Google pour remplacer les cookies tiers (FLoC, puis Topics, Protected Audience, Attribution Reporting). La plupart ont été retirées en octobre 2025 faute d’adoption. Seules quelques briques, comme CHIPS et FedCM, sont maintenues.
Faut-il un bandeau cookies si j’utilise seulement des cookies propriétaires ?
Ça dépend de leur finalité, pas de leur origine. Un cookie propriétaire publicitaire demande le consentement. Un cookie de panier ou de connexion en est dispensé, tout comme certains outils de mesure d’audience configurés selon les conditions de la CNIL.
Mon site est-il concerné si je ne fais pas de publicité ?
Souvent oui : une vidéo YouTube intégrée, des boutons de partage ou un outil de chat peuvent déposer des cookies tiers. Faites l’inventaire des scripts externes chargés par vos pages avant de conclure.
Sources
- Google, 3 mars 2021 : Charting a course towards a more privacy-first web (David Temkin)
- Google, 25 janvier 2022 : Topics remplace FLoC
- Google, 14 décembre 2023 : test de Tracking Protection sur 1 % des utilisateurs de Chrome
- Privacy Sandbox, 22 juillet 2024 : A new path for Privacy Sandbox on the web
- Privacy Sandbox, 22 avril 2025 : Next steps for Privacy Sandbox and tracking protections in Chrome
- Privacy Sandbox, 17 octobre 2025 : Update on Plans for Privacy Sandbox Technologies
- WebKit, 24 mars 2020 : Full Third-Party Cookie Blocking and More
- Mozilla, 14 juin 2022 : Total Cookie Protection activée par défaut
- CNIL : Cookies et traceurs, que dit la loi ?
- Aide Google Ads : à propos du mode Consentement





