Les 13 grandes familles de logiciels de santé, du dossier patient informatisé au carnet de santé personnel, avec leur rôle et leurs fonctions clés. Et les obligations à connaître en France : hébergement HDS, RGPD, dispositif médical, interopérabilité.
Les logiciels de santé se répartissent en treize grandes familles : dossier patient informatisé, bases de données médicales, recherche, aide au diagnostic, imagerie, prescription électronique, télémédecine, prise de rendez-vous, facturation, gestion hospitalière, gestion du matériel, suivi de la santé et carnet de santé personnel. En France, ils s’inscrivent dans un cadre précis : hébergement certifié HDS, identité nationale de santé, interopérabilité avec Mon espace santé et, pour certains, marquage CE en tant que dispositif médical.
On présente chaque type avec son rôle et ses fonctions clés, puis les obligations à connaître si vous envisagez de développer ou de choisir un logiciel pour un cabinet, une clinique ou une start-up e-santé.
- Où en est le numérique en santé en France ?
- Quels sont les 13 types de logiciels de santé ?
- Quelles obligations pour un logiciel de santé ?
- Comment développer ou choisir un logiciel de santé ?
- Questions fréquentes
- Sources
Où en est le numérique en santé en France ?
La numérisation des soins s’est nettement accélérée depuis 2020, avec la crise sanitaire puis le programme Ségur du numérique en santé, qui a financé la mise à niveau des logiciels des professionnels pour qu’ils échangent des documents de façon sécurisée. Quelques repères :
- Mon espace santé, lancé en 2022, comptait selon l’Assurance Maladie 24 millions de profils activés début 2026, et plus de 420 millions de documents y ont été déposés en 2025 par les professionnels et établissements, soit 40 % de plus qu’en 2024.
- L’ordonnance numérique est en cours de généralisation : l’ordonnance n° 2020-1408 prévoyait son déploiement pour les prescriptions de ville, et il se poursuit en 2025 et 2026 auprès des prescripteurs et des pharmacies.
- La télésurveillance médicale est entrée dans le droit commun du remboursement le 1er juillet 2023, et un dispositif de prise en charge anticipée (PECAN) permet de financer certains dispositifs médicaux numériques innovants pendant un an.
- Au niveau européen, le règlement (UE) 2025/327 sur l’espace européen des données de santé est entré en vigueur en mars 2025, avec une application progressive à partir de 2027.
Pour un éditeur ou un établissement, cela veut dire une chose : un logiciel de santé isolé n’a plus d’avenir. Il doit échanger avec les autres, dans des formats et avec des niveaux de sécurité imposés.
Quels sont les 13 types de logiciels de santé ?
Certains servent les établissements et les professionnels, d’autres les patients eux-mêmes. Beaucoup de solutions du marché combinent plusieurs de ces fonctions.
| Type | Utilisateurs principaux | Fonction clé |
|---|---|---|
| 1. Dossier patient informatisé | Médecins, établissements | Centraliser l’historique médical du patient |
| 2. Base de données médicales | Médecins, services | Comparer des cas par pathologie |
| 3. Recherche médicale | Chercheurs, enseignants | Partager la recherche, former |
| 4. Aide au diagnostic | Médecins, patients | Proposer des hypothèses diagnostiques |
| 5. Imagerie médicale | Radiologues, chirurgiens | Traiter IRM, scanner, TEP, modèles 3D |
| 6. Prescription électronique | Prescripteurs, pharmaciens | Créer et transmettre des ordonnances |
| 7. Télémédecine | Professionnels, patients | Téléconsultation, télésurveillance |
| 8. Prise de rendez-vous | Cabinets, patients | Agenda en ligne, rappels |
| 9. Facturation médicale | Secrétariats, comptabilité | Facturer, télétransmettre, suivre les paiements |
| 10. Gestion hospitalière | Direction, administration | Piloter lits, séjours, ressources |
| 11. Gestion du matériel | Services techniques | Inventaire, maintenance, traçabilité |
| 12. Suivi de la santé | Grand public | Activité, sommeil, nutrition, objets connectés |
| 13. Carnet de santé personnel | Patients chroniques | Journal des symptômes et traitements |
1. Logiciel de dossier patient informatisé (DPI, DME, DSE)
C’est le logiciel le plus répandu dans les cabinets, cliniques et hôpitaux. À bien des égards, il ressemble à un CRM, adapté au soin : il rassemble les antécédents, traitements, comptes rendus, résultats d’examens et courriers. On parle de logiciel métier de médecin en ville, de dossier patient informatisé (DPI) à l’hôpital, de DME ou DSE dans les traductions de l’anglais. Beaucoup intègrent un module de facturation et un portail patient. En France, ces logiciels alimentent aussi le Dossier médical partagé, accessible au patient dans Mon espace santé.
2. Logiciel de base de données médicales
Comme le dossier patient, il stocke antécédents et plans de traitement, mais classés par pathologie plutôt que par patient. Il aide le médecin à prendre de meilleures décisions en comparant un cas avec des cas similaires, et à se former en parcourant les cas cliniques d’une maladie. Un dermatologue peut, par exemple, passer en revue tous les patients suivis pour une dermatite atopique pour comparer symptômes, traitements et évolution. Ce type d’usage suppose des données pseudonymisées et un cadre de protection des données strict.

3. Logiciel de recherche médicale
Il sert deux objectifs : partager la recherche avec la communauté médicale et former les équipes. On y trouve la gestion d’essais cliniques, les outils de collecte de données (cahiers d’observation électroniques) et les bibliothèques de cas utiles quand aucun cas comparable n’existe en interne.
4. Logiciel d’aide au diagnostic
Il analyse les données disponibles (symptômes, examens, images) et propose des hypothèses au médecin, de plus en plus souvent grâce à l’intelligence artificielle. Certains outils permettent aussi d’échanger des dossiers anonymisés entre confrères. Des applications destinées au public aident à évaluer si des symptômes justifient une consultation. Attention : dès qu’un logiciel sert à orienter un diagnostic ou un traitement, il relève en général de la réglementation des dispositifs médicaux (voir plus bas).
5. Logiciel d’imagerie médicale
Il traite et visualise les images d’IRM, de scanner ou de TEP, et permet la modélisation 3D de l’anatomie : modèle des dents d’un patient avant un traitement orthodontique, préparation d’une intervention chirurgicale, conception et impression de pièces sur mesure (orthèses, guides chirurgicaux, prothèses). Il s’appuie sur le standard DICOM et s’intègre au système d’archivage des images (PACS).
6. Logiciel de prescription électronique
Il permet de rédiger, renouveler, modifier et annuler les ordonnances, avec contrôle des interactions grâce à une base de données de médicaments. En France, l’ordonnance numérique est enregistrée dans une base sécurisée de l’Assurance Maladie et identifiée par un QR code, que le pharmacien scanne pour retrouver la prescription.
7. Logiciel de télémédecine
Il couvre la téléconsultation (vidéo depuis un navigateur ou une application, souvent complétée par l’ordonnance électronique et le paiement) et la télésurveillance : suivi à distance de patients chroniques grâce à des données transmises par des appareils connectés. Sa force tient à la commodité, pour le patient comme pour le médecin, et à l’accès aux soins dans les territoires moins dotés.

8. Logiciel de prise de rendez-vous
Il aide cabinets, centres et établissements à gérer leurs agendas en ligne. Le patient réserve depuis un site ou une application, reçoit des rappels par e-mail ou SMS, ce qui réduit les rendez-vous non honorés. Les plateformes les plus connues en France combinent agenda, téléconsultation et messagerie. Un simple module de réservation peut aussi être intégré au site d’un praticien.
9. Logiciel de facturation médicale
Il gère la facturation des actes, la télétransmission des feuilles de soins électroniques, le tiers payant et le suivi des paiements. Il est souvent intégré au logiciel métier ou au système de gestion hospitalière.
10. Logiciel de gestion hospitalière
Il assiste l’administration dans le quotidien : admissions, gestion des lits, séjours, consultations externes, stocks, facturation, ressources humaines. On parle aussi de système d’information hospitalier. Il s’intègre au dossier patient pour suivre en parallèle le parcours administratif et médical.
11. Logiciel de gestion du matériel médical
Il évite les inventaires manuels et le suivi des équipements sur tableur : planification automatique de la maintenance, alertes de stock, traçabilité des dispositifs et des consommables, historique des interventions.
12. Applications de suivi de la santé
Destinées au grand public, elles couvrent l’activité physique, la nutrition, le sommeil, la méditation ou le suivi du cycle menstruel. Beaucoup s’appuient sur des objets connectés : montres et bracelets, bagues, balances, tensiomètres, glucomètres. Elles manipulent des données de santé au sens du RGPD, ce qui impose information claire, consentement et sécurité, même quand l’application se présente comme un simple outil de bien-être.
13. Carnet de santé personnel

Contrairement aux applications de suivi, qui visent surtout un mode de vie sain, le carnet de santé personnel sert à suivre une maladie. Le patient y note symptômes, sensations, prises de médicaments et traitements, puis génère un résumé avant sa consultation. Les applications conçues pour des maladies chroniques (Parkinson, diabète, maladies inflammatoires) en sont de bons exemples. Ce type d’outil peut accompagner le patient au quotidien, voire alerter l’équipe soignante en cas d’aggravation lorsqu’il est relié à un dispositif de télésurveillance.
Quelles obligations pour un logiciel de santé ?
Un logiciel qui traite des données de santé en France doit composer avec plusieurs couches de règles :
- RGPD : les données de santé sont des données sensibles. Base légale solide, information des patients, minimisation, durée de conservation, analyse d’impact le plus souvent. Voir notre article sur le RGPD.
- Hébergement HDS : quiconque héberge des données de santé pour le compte d’un tiers doit être certifié hébergeur de données de santé. Un nouveau référentiel, aligné sur l’ISO 27001:2022 et renforcé sur les transferts hors de l’Union européenne, s’applique aux nouvelles certifications depuis le 16 novembre 2024, et les hébergeurs déjà certifiés avaient jusqu’au 16 mai 2026 pour s’y conformer.
- Dispositif médical : un logiciel destiné au diagnostic, à la prévention, au suivi ou au traitement d’une maladie peut être un dispositif médical au sens du règlement (UE) 2017/745. Sa règle de classification 11 place, depuis le 26 mai 2021, une grande partie de ces logiciels au minimum en classe IIa, ce qui impose un marquage CE avec l’intervention d’un organisme notifié.
- Référentiels d’interopérabilité et de sécurité de l’Agence du numérique en santé : identité nationale de santé (INS), messagerie sécurisée de santé, formats d’échange, connexion à Mon espace santé.
- Sécurité applicative : chiffrement, journalisation des accès, authentification forte des professionnels. Notre article sur la sécurité des applications web détaille les bonnes pratiques.
Comment développer ou choisir un logiciel de santé ?
Pour un besoin courant (agenda, dossier patient, facturation), un logiciel du marché, souvent en mode SaaS et déjà conforme aux référentiels, est presque toujours le bon choix. Le développement sur mesure se justifie pour un parcours de soins spécifique, un outil interne à un établissement, un portail patient, une application de prévention ou la connexion de plusieurs outils entre eux.
- Qualifier le statut réglementaire dès le départ : dispositif médical ou non ? Ce seul point change le budget et les délais.
- Cartographier les données : lesquelles sont des données de santé, où sont-elles hébergées, qui y accède.
- Choisir un hébergeur certifié HDS si des données de santé sont stockées pour le compte d’un tiers.
- Prévoir l’interopérabilité avec les systèmes existants plutôt que de créer un îlot de plus.
- Tester avec les utilisateurs réels (soignants, secrétariat, patients) : l’ergonomie décide de l’adoption.
- Budgéter la maintenance : mises à jour de sécurité, évolution des référentiels, sauvegardes.
Notre article sur les logiciels sur mesure aide à trancher entre solution du marché et développement spécifique. Pour un portail, un outil interne ou une application connectée à vos logiciels existants, notre équipe développe des applications web sur mesure, et assure ensuite l’hébergement et la maintenance des sites et applications (pour les données de santé, l’hébergement doit être confié à un prestataire certifié HDS).
Questions fréquentes
Quel est le logiciel de santé le plus utilisé ?
Le dossier patient informatisé, sous forme de logiciel métier en cabinet ou de DPI à l’hôpital. C’est le cœur du système d’information, auquel se connectent les autres outils.
Une application de bien-être est-elle un logiciel de santé ?
Elle traite souvent des données de santé au sens du RGPD. En revanche, elle n’est un dispositif médical que si elle a une finalité médicale (diagnostic, suivi ou traitement d’une maladie).
La certification HDS est-elle obligatoire ?
Elle l’est pour tout prestataire qui héberge des données de santé à caractère personnel pour le compte d’un professionnel, d’un établissement ou du patient. Un cabinet qui conserve ses données sur son propre poste n’est pas hébergeur au sens de cette règle.
Qu’est-ce que Mon espace santé change pour les éditeurs ?
Les logiciels des professionnels doivent pouvoir y déposer des documents dans les formats attendus. Avec 24 millions de profils activés, c’est devenu un point de passage des échanges entre soignants et patients.
Un logiciel d’aide au diagnostic doit-il être marqué CE ?
Oui dans la grande majorité des cas, puisqu’il fournit des informations utilisées pour des décisions diagnostiques ou thérapeutiques. La classe dépend de la gravité des décisions en jeu.
Sources
- Assurance Maladie : quatre ans de Mon espace santé (janvier 2026)
- Agence du numérique en santé : doctrine, ordonnance numérique
- Assurance Maladie : l’ordonnance numérique pour les médecins et pharmaciens
- HAS : dispositifs médicaux numériques, principes d’évaluation
- Agence du numérique en santé : prise en charge anticipée des dispositifs médicaux numériques (PECAN)
- Ministère de l’Économie : nouvelle version du référentiel de certification HDS
- ANSM : impact des nouveaux règlements européens sur la classification des logiciels
- EUR-Lex : règlement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux
- EUR-Lex : règlement (UE) 2025/327 sur l’espace européen des données de santé





